L'Airbus A310-300 de la compagnie Yemenia Airways qui s'est abîmé en mer dans la nuit de lundi à mardi au large des Comores avait été exclu du ciel français "il y a quelques années" en raison d'"irrégularités dans ses équipements", a annoncé mardi le secrétaire d'Etat aux Transports Dominique Bussereau.
Lors des questions au gouvernement, M. Bussereau a par ailleurs précisé que la France allait saisir l'Union européenne et l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) pour éviter qu'une compagnie puisse "emmener dans des conditions normales des passagers à partir du territoire français pour ensuite les mettre dans un avion qui n'assurerait pas la sécurité". "Nous ne voulons pas que ça se reproduise à travers le monde", a expliqué le secrétaire d'Etat aux Transports.
L'appareil avait été contrôlé en 2007 par la Direction générale de l'Aviation civile "qui avait constaté un certain nombre de défauts", avait déclaré un peu plus tôt M. Bussereau sur i>télé. "L'appareil depuis n'était pas réapparu dans notre pays", avait-il dit, répétant qu'il "avait disparu du ciel français à la suite des très nombreux défauts constatés".
Selon le secrétaire d'Etat, la compagnie yéménite "n'était pas sur liste noire mais faisait l'objet d'un contrôle renforcé (...) et devait être auditionnée prochainement par le comité de sécurité de l'Union européenne". Yemenia Airways était donc "très surveillée", a-t-il insisté, tout en soulignant qu'elle "n'était pas sur une liste noire, sinon elle n'aurait pas été autorisée à décoller d'un aéroport français".
"La question de la mettre maintenant sur la liste noire se pose" "et je l'ai posée aujourd'hui même à la Commission européenne", a déclaré M. Bussereau dans la soirée sur France 3, affirmant: "les difficultés finales n'étaient pas venues jusqu'à présent jusqu'à nous".
Le secrétaire d'Etat aux Transports a aussi précisé qu'il s'était entretenu dans la journée avec un ministre yéménite et le président de la compagnie pour les informer que "le bureau enquêtes analyses français" allait mener "l'enquête à côté de l'ensemble des autorités judiciaires concernées" et que Paris en tirerait "très correctement mais très fermement toutes les conséquences".
Les Airbus sont des appareils "très fiables" et "ne sont pas en cause", a-t-il assuré, observant que "deux tiers des avions" volant dans le monde étaient "soit des Airbus soit des Boeing".
Le gouvernement français a des Airbus "anciens, simplement nous sommes sûrs de leur entretien", a noté le secrétaire d'Etat. Pour l'accident de cet A310, "il y aura certainement plusieurs causes, peut-être" de "pilotage", de "météo" ou d'"entretien. Et s'il y a des causes d'entretien, c'est évidemment grave pour la compagnie en cause", a-t-il observé.
"Il y a sans doute une sorte de loi de séries, mais on ne voit pas bien les correspondances entre les deux accidents qui viennent de se produire, qui sont complètement différents", a de son côté relevé le Premier ministre François Fillon en référence à la catastrophe aérienne survenue au large des Comores et au drame de l'A330 d'Air France qui s'est abîmé le 1er juin dans l'Atlantique lors d'une liaison entre Rio et Paris. Le chef du gouvernement a tenu ces propos en marge de la présentation du comité de liaison de la majorité.
Soutenant la proposition de Bruxelles de créer une liste noire mondiale des compagnies dangereuses, M. Bussereau a déclaré sur France 3, sans autres détails, que le gouvernement français allait formuler des recommandations "à l'égard de toutes les compagnies aériennes" pour des vérifications.
Quant aux victimes, il a expliqué qu'un "premier hommage" avait eu lieu mardi à La Courneuve avec le préfet de Seine-Saint-Denis. "C'est au président de la République et au Premier ministre" de décider d'un hommage national, "mais il y aura certainement quelque chose d'important. Ce sont des compatriotes que nous venons de perdre et c'est une terrible nouvelle".
Mardi, le commissaire européen aux Transports Antonio Tajani a déclaré que Bruxelles allait vérifier le niveau de sécurité de la compagnie Yemenia Airways pour déterminer si elle doit être ajoutée à la liste noire de l'Union européenne. Il a ajouté que l'UE avait pour ambition de mettre sur pied une liste noire mondiale avec le concours des autorités concernées.